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C'est le début d'une nouvelle qui s'appelle La peste et le choléra. Je ne sais pas du tout ce qu'elle vaut mais je l'aime bien. À vous de voir. Comme
le disait Laure, je souriais peu à l’école. Ce qui est vrai bien sûr,
mais peut-être encore plus qu’elle se l’imaginait. Je n’avais aucune
raison d’être malheureuse au lycée, pourtant je n’essayais jamais de
montrer ma joie de vivre. Pour Laure, ce devait être effectivement la
première fois qu’elle me voyait heureuse. Il faut dire que j’étais bien
entourée. Mon petit copain Jeff (oui je sais il est moche ce nom, je
lui ai assez dit) décrivait toutes ses frasques et particulièrement ses
problèmes au boulot. Il bossait à Mac Do. Ce n’est pas glorieux, mais
au moins il gagnait un peu d’argent. Mes amies, Nathalie et France,
hurlaient en racontant les derniers potins de leur lycée : Flore
sortait enfin avec Yann. Depuis qu’on l’attendait, on était presque
déçus que ça arrive. Et Laure, elle, découvrait ce que voulait dire
sortir avec des amis sans qu’on se foute de vous à chaque fois que vous
ouvrez la bouche ou que vous ne l’ouvrez pas du tout. Je
profitais de cette sortie comme si c’était la dernière. J’aimais bien
cette ambiance bon enfant et totalement déjantée. Le patron du bar nous
connaissait bien et malgré notre jeunesse, nous servait nos vodkas bien
serrées. Les filles avaient bien compris pourquoi Laure était avec
nous. Elles ne posaient jamais aucune question quand je ramenais ce que
j’appelais les « rescapées ». Je les ramenais souvent contre
leur gré. Elles venaient à reculons. Ça
peut être très dur d’être une terreur pour la plupart de nos
compatriotes du lycée. Et lorsqu’on va voir une fille et qu’on lui dit
qu’on voudrait lui parler, elle s’imagine tout de suite qu’elle
rentrera avec des bleus. C’était arrivé suffisamment souvent pour la
peur soit légitime. Mais comme tout le monde j’avais mes points
faibles. Il y avait certaines filles qui se louaient de pouvoir
rabaisser une personne en quelques semaines, au point que cette
dernière fasse une dépression nerveuse. En général, elles repèrent la
nouvelle qui ne connaît personne, elles fondent dessus, lui font croire
qu’en deux jours, elles sont les meilleures amies du monde puis
s’amusent à la ridiculiser le plus possible. Laure s’est fait avoir. Au
bout de trois semaines de torture, elle était toujours là, mais le
simple fait de lui adresser la parole la terrifiait. Si elle arrivait à
me suivre pour rencontrer d’autres gens, elle s’en remettrait, sinon
elle finirait dans un hôpital psychatrique avec, entre autres maladies,
un complexe d’inférioté durement marqué. Je ne me vante pas de faire
des miracles, mais je hais ceux qui utilisent les autres pour s’en
amuser. C’est ma manière de résister. Comme ces filles dictent en plus
la mode au lycée, je mène ma guerre contre la mode en parallèle. Dans
le bar, je profite de ces instants où je ne fais pas attention au temps
qui passe. Jeff vérifie toujours l’heure pour moi. Il n’aime pas que je
me fasse cogner à cause de lui. J’ai beau lui expliquer que ce n’est
pas de sa faute, il culpabilise toujours plus que moi. À 9 h 30, il me
regarde dans les yeux : – Cendrillon, minuit va sonner. –
Ne te fous pas de ma gueule, je lui réponds en riant. Je lui fais un
câlin et au creux de son oreille je lui sussurre, « J’ai envie de
toi. » Je me lève, prends mon
sac et pars. La moitié de la table a l’habitude de me voir partir à des
heures incongrues et l’autre me regarde avec des yeux ronds. Je ris.
J’adore voir l’étonnement des gens en voyant qu’une fille qui se vante
de n’obéir à aucune loi rentre quand ses parents lui demandent. Lorsque
j’arrive à la maison tout le monde dort. J’aurais pu rentrer plus tard,
mais je me méfie de mon père. Il est capable de faire semblant de
dormir, de m’attendre ou encore d’en avoir rien à foutre. Il fallait
que je sois là avant 10 h ça m’évite les coups. Sauf quand il a
vraiment envie de me frapper. Je sais que ça a l’air bizarre, mais il y
a un moment où on se fait une raison : c’est comme ça et on
n’essaie plus de se révolter. Je
rentre dans ma chambre discrètement. Mon petit frère Nicolas dort. On a
des lits superposés : il est en haut. Pour être tranquille cette
nuit, je prends la petite table à côté du balcon et je bloque la porte
avec. Dans la chambre, il y a aussi une grosse cloche de vache. Mon
père l’a ramené d’Ukraine. Je la pose sur la table. Si Sacha avait la
mauvaise idée de se « tromper » de chambre en rentrant
complètement bourré, il ferait un tel bruit en poussant la porte qu’il
préfèrera dormir dans son lit. Il y a peu de chose qui me fasse peur.
Mais mon frère avait vraiment des idées mal placées. Rien que
l’imaginer entrant, dans ma chambre, bourré, je me demande ce qui
pourrait m’arriver. Suite (2/5)
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