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Sommaire des articles de cette rubrique
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La peste et le choléra 1/5 (le 25/09/2007 à 10h28)
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C'est le début d'une nouvelle qui s'appelle La peste et le choléra. Je ne sais pas du tout ce qu'elle vaut mais je l'aime bien. À vous de voir. Comme
le disait Laure, je souriais peu à l’école. Ce qui est vrai bien sûr,
mais peut-être encore plus qu’elle se l’imaginait. Je n’avais aucune
raison d’être malheureuse au lycée, pourtant je n’essayais jamais de
montrer ma joie de vivre. Pour Laure, ce devait être effectivement la
première fois qu’elle me voyait heureuse. Il faut dire que j’étais bien
entourée. Mon petit copain Jeff (oui je sais il est moche ce nom, je
lui ai assez dit) décrivait toutes ses frasques et particulièrement ses
problèmes au boulot. Il bossait à Mac Do. Ce n’est pas glorieux, mais
au moins il gagnait un peu d’argent. Mes amies, Nathalie et France,
hurlaient en racontant les derniers potins de leur lycée : Flore
sortait enfin avec Yann. Depuis qu’on l’attendait, on était presque
déçus que ça arrive. Et Laure, elle, découvrait ce que voulait dire
sortir avec des amis sans qu’on se foute de vous à chaque fois que vous
ouvrez la bouche ou que vous ne l’ouvrez pas du tout. Je
profitais de cette sortie comme si c’était la dernière. J’aimais bien
cette ambiance bon enfant et totalement déjantée. Le patron du bar nous
connaissait bien et malgré notre jeunesse, nous servait nos vodkas bien
serrées. Les filles avaient bien compris pourquoi Laure était avec
nous. Elles ne posaient jamais aucune question quand je ramenais ce que
j’appelais les « rescapées ». Je les ramenais souvent contre
leur gré. Elles venaient à reculons. Ça
peut être très dur d’être une terreur pour la plupart de nos
compatriotes du lycée. Et lorsqu’on va voir une fille et qu’on lui dit
qu’on voudrait lui parler, elle s’imagine tout de suite qu’elle
rentrera avec des bleus. C’était arrivé suffisamment souvent pour la
peur soit légitime. Mais comme tout le monde j’avais mes points
faibles. Il y avait certaines filles qui se louaient de pouvoir
rabaisser une personne en quelques semaines, au point que cette
dernière fasse une dépression nerveuse. En général, elles repèrent la
nouvelle qui ne connaît personne, elles fondent dessus, lui font croire
qu’en deux jours, elles sont les meilleures amies du monde puis
s’amusent à la ridiculiser le plus possible. Laure s’est fait avoir. Au
bout de trois semaines de torture, elle était toujours là, mais le
simple fait de lui adresser la parole la terrifiait. Si elle arrivait à
me suivre pour rencontrer d’autres gens, elle s’en remettrait, sinon
elle finirait dans un hôpital psychatrique avec, entre autres maladies,
un complexe d’inférioté durement marqué. Je ne me vante pas de faire
des miracles, mais je hais ceux qui utilisent les autres pour s’en
amuser. C’est ma manière de résister. Comme ces filles dictent en plus
la mode au lycée, je mène ma guerre contre la mode en parallèle. Dans
le bar, je profite de ces instants où je ne fais pas attention au temps
qui passe. Jeff vérifie toujours l’heure pour moi. Il n’aime pas que je
me fasse cogner à cause de lui. J’ai beau lui expliquer que ce n’est
pas de sa faute, il culpabilise toujours plus que moi. À 9 h 30, il me
regarde dans les yeux : – Cendrillon, minuit va sonner. –
Ne te fous pas de ma gueule, je lui réponds en riant. Je lui fais un
câlin et au creux de son oreille je lui sussurre, « J’ai envie de
toi. » Je me lève, prends mon
sac et pars. La moitié de la table a l’habitude de me voir partir à des
heures incongrues et l’autre me regarde avec des yeux ronds. Je ris.
J’adore voir l’étonnement des gens en voyant qu’une fille qui se vante
de n’obéir à aucune loi rentre quand ses parents lui demandent. Lorsque
j’arrive à la maison tout le monde dort. J’aurais pu rentrer plus tard,
mais je me méfie de mon père. Il est capable de faire semblant de
dormir, de m’attendre ou encore d’en avoir rien à foutre. Il fallait
que je sois là avant 10 h ça m’évite les coups. Sauf quand il a
vraiment envie de me frapper. Je sais que ça a l’air bizarre, mais il y
a un moment où on se fait une raison : c’est comme ça et on
n’essaie plus de se révolter. Je
rentre dans ma chambre discrètement. Mon petit frère Nicolas dort. On a
des lits superposés : il est en haut. Pour être tranquille cette
nuit, je prends la petite table à côté du balcon et je bloque la porte
avec. Dans la chambre, il y a aussi une grosse cloche de vache. Mon
père l’a ramené d’Ukraine. Je la pose sur la table. Si Sacha avait la
mauvaise idée de se « tromper » de chambre en rentrant
complètement bourré, il ferait un tel bruit en poussant la porte qu’il
préfèrera dormir dans son lit. Il y a peu de chose qui me fasse peur.
Mais mon frère avait vraiment des idées mal placées. Rien que
l’imaginer entrant, dans ma chambre, bourré, je me demande ce qui
pourrait m’arriver. Suite (2/5)
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La peste et le choléra 2/5 (le 22/10/2007 à 22h03)
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Voici la suite de la nouvelle La peste et le choléra. Sacha
est le premier fils de mon père. Sa mère est une ukrainienne. Mon père
et elle voulaient fuir l’URSS, mais on l’avait arrêtée à la frontière.
Je n’avais jamais très bien compris pourquoi. Quoiqu’il en soit mon
père était arrivé seul avec un bébé. Il a rencontré ma mère peu de
temps après. Et ils ont eu des enfants : Nico et moi. Je ne sais
pas ce qui les a poussé à vivre ensemble, mais ça devait faire dix ans
que ça durait et ils s’en contentaient. Je me couche pas très fatiguée, mais je ne voulais pas entendre Sacha donc je voulais m’endormir vite. Le
lendemain serait un dimanche, le pire jour de la semaine :
enfermée à la maison toute la journée. Ma mère irait faire les courses
vers 10 h et personne n’aurait le droit de venir avec elle. Elle
rentrerait trois heures plus tard en prétextant qu’il y avait beaucoup
de queue. Mon père s’énerverait parce qu’il aurait faim. On ne
mangerait qu’à 14 h, mon père et Sacha complètement bourré parce qu’il
faut bien s’occuper quand on attend le repas. Après Nico et moi, on
s’enfermerait dans notre chambre. On bosserait ou on ferait les
activités les plus calmes possibles. Ma mère ne ferait à manger que
lorsque mon père aurait complètement décuvé, ce qui prend un certain
temps. Puis comme si on n’avait pas assez crié le matin, elle
déciderait que comme elle fait tout dans cette maison on se débrouille
pour manger. Elle irait faire un tour. Quand elle reviendrait
rien n’aurait avancé et mon petit frère la regarderait avec ses grands
yeux bleus en lui disant qu’il a faim et elle ferait réchauffer le
repas en ronchonnant. Je n’ai pas
entendu Sacha. Soit il n’est pas rentré soit rien ne lui est passé par
le tête cette nuit. Nico attendait à côté de mon lit. Il ne voulait
déjeuner qu’avec moi. Le temps de complètement émerger on y va. Mon
père attablé, nous regarde avec dégoût entrer dans la cuisine. Journal
et thé russe, comme d’habitude, il ne dérogera pas à sa règle. Nico et
moi commençons à nous affairer pour chauffer le lait, faire le café.
Puis nous nous asseyons. Quoique les
mauvaises langues en disent : ils ne peuvent pas se renier ces
deux-là. De grands yeux bleus expressifs, sauf que les uns reflètent
plus facilement l’innocence et les autres la violence. Blond comme les
blés, l’un lumineux et l’autre teinté de blanc. La peau blanche des
pays du Nord, plus ou moins marquée selon l’âge. Le futur de l’un et le
passé de l’autre. Quand je les vois comme ça je me demande toujours
pourquoi j’aime l’un et je hais l’autre. Mon père est plus calme quand
Sacha n’est pas là. Cela ne l’empêche pas de nous donner quelques
baffes bien senties mais c’est comme s’il mettait plus de temps à
s’énerver. Je fais griller du pain
et demande qui en veut. Deux grognements me répondent. La seule qualité
du dimanche c’est le matin. Je m’y sens à ma place dans une famille
normale. Bien sûr je sais que c’est une illusion mais c’est agréable.
Quelques minutes plus tard, ma mère débarque. Il n’y a pas d’autres
mots. À peine réveillée, déjà excitée : –
Sacha a encore réveillé tout l’immeuble en montant. Ce n’est pas
raisonnable. Il devrait savoir que la voisine s’est déjà plainte. Il ne
faut pas qu’il exagère, nous ne vivons pas dans un hôtel. Quand bien
même cela nous arriverait, il ne devrait pas faire tant de bruit... Elle
se sert de café, s’assoit, se relève pour aller chercher le sucre.
Après s’être assise et ré-assise le nombre de fois suffisant en cinq
minutes et nous avoir fait le rapport complet de la nuit avec les
commentaires, elle regarde mon père finir et se lever pour se doucher.
Elle est aussi brune que son mari est blanc. Elle vient d’une famille
aisée contrairement à lui. Elle a l’apparence de la mère parfaite, avec
ses yeux noirs, ses longs cheveux bruns bouclés et ses formes
opulentes. Bien qu’elle n’est en aucun cas la fibre maternelle, elle
nous élève tous les trois avec douceur et fermeté. Elle a appris depuis
bien longtemps à fermer les yeux sur le sort réservé à sa progéniture.
Elle a élevé Sacha, comme nous, sans jamais ne faire cas de son
adoption. Suite (3/5)
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La peste et le choléra 3/5 (le 09/03/2008 à 14h02)
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Puis retour dans notre chambre. Le
but est de croiser Sacha le moins possible. Je me souviens encore, il y
a trois ans, quand il m’a coincé dans le couloir. Il m’avait fait mal.
Mais si mon père n’était pas intervenu pour l’empêcher de me toucher,
je ne suis pas sûre que je serai encore moi-même. Ce doit être la seule
qualité que je trouve à mon père : il refuse les rapports malsains
entre les frères et sœurs. Depuis cet incident, je ferme toujours bien
la porte de ma chambre, même s’il m’est arrivé plusieurs fois de le
retrouver dans mon lit. Lorsque ma mère est partie au
marché, Sacha se lève. Mon père commence à crier. Il lui redit tous les
reproches que ma mère a dits le matin. Le tout est peut-être un peu
moins bien exprimé et moins bien articulé à cause de la quantité
d’alcool qu’il boit. Sacha au lieu de continuer sa route et de laisser
parler, lui répond. S’en suit une série d’insultes bien gratinées. Nico
et moi restons dans notre chambre en faisant le moins de bruit
possible. Lorsqu’ils ne se souviennent pas que nous existons, on arrive
à passer des journées tranquilles. Mais j’avais oublié de mettre mon
portable en vibreur et Jeff m’a appelé. La sonnerie du téléphone a
provoqué un silence entre Sacha et son père. Puis quelques secondes
plus tard, la porte s’est ouverte. Mon père vacillant suivi de Sacha en
slip sont dans l’encadrement de la porte. Sacha bouscule son père pour
entrer et se précipite sur moi en criant qu’il n’a pas pu dormir à
cause du bruit que nous avons fait et que le portable le gène. Bien sûr
une gifle a volé. Je suis tombée sous le choc. Assise sur les fesses,
je me suis recroquevillée. Pour ne pas se pencher Sacha continue de me
battre en me donnant des coups de pied. Nico n’est pas en reste. Mon
père hurle et frappe au hasard. Nico recule. Nous n’avons jamais eu les
mêmes tactiques : Nico a tendance à reculer et moi à faire face.
Dans les deux cas, nous sommes couverts de bleus et je n’ai jamais
approuvé aucune des deux tactiques. À force de reculer, Nico arrive sur
le petit balcon. Nous sommes au sixième étage. En voyant cela, je
m’avance vers eux au risque de sentir les coups pleuvoir plus fort. En
me levant mon frère déchire le T-shirt que je porte. Comme je finis de
l’enlever moi-même pour ne pas qu’il dérange mes mouvements, Sacha
prend ça comme une invitation et enlève le seul vêtement qu’il porte.
Je prends peur. Je cours vers mon petit frère pour contrer les coups.
Mon père me cogne plus fort que d’habitude je retombe. Je le vois se
diriger vers Nico et le plaquer contre la rambarde du balcon. Je ne
peux plus me lever, Sacha est sur moi. Je hurle. Mon père ne voit rien.
Des mains me touche fébrilement. Je voudrais disparaître. Puis
j’entends un cri plus fort et plus aigu que le mien : Nico. Je me
tais. Puis je supplie mon père de ne rien faire. Nico continue de
crier. Le son devient de plus en plus faible. Puis plus rien. La peur
me donne suffisamment de force pour repousser Sacha. Il voudrait que je
reste parterre et me tiens par mon soutien gorge qu’il n’a toujours pas
réussi à enlever. Je me précipite au balcon et je vois le petit corps
de Nico au fond, dans la cour. Une tache rouge se développe sous lui.
Mon père me tire en arrière. Je tombe sur Sacha qui grogne. Nous voyant
dans cette position, mon père aboie que c’est malsain et me soulève
d’une main et me jette sur mon lit. Il fait de même avec Sacha en le
poussant vers la porte. La porte claque. Je suis sur mon
lit, comme disloquée. Les larmes commencent à couler et ne s’arrêtent
pas. Même quand ma mère arrive dans la chambre une heure plus tard, je
pleure encore. Elle me regarde : – Va t’habiller un des voisins a appelé les flics. Tu laisses ton père parler.
Il n’y avait pas de questions à poser. Mon père s’arrangera pour que
l’affaire soit étouffée. Elle s’en va. Il n’y a aucun bruit dans la
maison. Sacha est enfermé dans la douche. Lorsque je sors de la chambre, mon père me crie de venir dans la cuisine. – Tu te tais. Je parle et personne ne dit rien.
Je ne réponds pas. On sonne. Mon père va ouvrir. Ma mère me sert une
assiette avec un contenu non identifié. Deux policiers entrent, et
demandent comment Nico s’est retrouvé en bas de l’immeuble sans passer
par les escaliers. Il est expliqué que Sacha et moi nous sommes
disputé. Nico s’est réfugié sur le balcon et qu’il s’est penché parce
qu’il a entendu un bruit puis il est tombé. Je n’ai pas contesté la
version qui a été émise. Après avoir pris notre déposition, les
policiers s’en vont. Je mange mon assiette sans bruit et retourne dans
ma chambre. Jeff appelle dans l’après-midi mais je ne réponds pas. Il
va s’inquiéter, mais je m’en fous. L’enterrement de mon frère est prévu
pour mardi. Je me couche le soir sans manger. Je ne dors pas. Rien ne
peut me consoler.
Suite (4/5)
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La peste et le choléra 4/5 (le 09/03/2008 à 14h04)
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Le lendemain, je me lève sans
avoir dormi ou seulement en pointillé. Je pars à au lycée
mécaniquement. Ma mère m’a rempli un billet pour mon absence mardi. Je
ne veux pas le faire signer. Je voudrais que personne ne sache, sa mort
ne devrait pas être dévoilée. C’est mon secret, notre secret à nous.
Comme notre vie : personne ne peut y entrer. Je passe toute la
journée dans un brouillard blanc où les bruits sont étouffés et où les
gestes sont effectués par habitude. Laure se demande d’où vient mon
changement d’attitude. Je ne répondrais pas, mais elle n’insiste pas et
me dit qu’elle va retrouver France et Nathalie ce soir. À la
sortie, Jeff m’attend. Il s’inquiète, me presse de questions auxquelles
je ne réponds pas. Il ne fait pas partie du secret. Je ne le préviens
même pas de ma prochaine absence. Il reste sans réponse, me dit qu’il
m’aime, que je parlerais quand je voudrais, qu’il voudrait m’aider. Sa
condescendance m’agace, je voudrais le frapper pour qu’il taise mais je
me retiens. Je rentre plus fatiguée que jamais. Ma mère a préparé sur
mon lit les vêtements de deuil. Elle a sorti les médailles de baptême.
Je n’ai pas faim mais il faut assister au repas. Le silence est pesant
mais au moins personne ne profère de mensonges donc je supporte.
Mardi matin. Je n’ai aucune envie de me lever. Le temps doit s’arrêter
normalement quand quelqu’un meurt, non ? C’est ce que chacun
voudrait. Il n’y a personne dans l’église. Maman a envoyé les
faire-part aujourd’hui pour être sûre que personne ne vienne. Pas de
soutien, pas d’amis, pas de famille, juste nous quatre. Ma mère et moi
n’en voulions pas et Sacha n’a que des compagnons de comptoir. Et mon
père ne mériterait pas de venir. La pire image que je garderai en
mémoire c’est le petit cercueil blanc au milieu de l’église vide.
L’hommage a été rapide et très simple. Le retour à l’école
est plus facile que je ne pensais. Il n’y a pas de questions. Pourtant,
une fois n’est pas coutume, un bleu déborde sur mon visage. Mon père ne
s’est pas retenu. Sans Nico dans ma chambre, j’ai peur que Sacha y
entre donc je ne dors presque plus : je somnole. Avec mes bleus et
mes cernes je dois ressembler à un zombie. Le seul que ne m’a pas
laissé tranquille c’est Jeff. Il m’a demandé si mon père nous avait
séquestré Nico et moi hier pour mieux nous battre. Ça m’a révolté. Je
lui ai dit que de toute façon la seule personne qu’il pouvait battre
maintenant c’était moi et que Nico était sûrement plus heureux comme
ça. Sans m’en rendre compte j’ai dit à Jeff ce que j’avais sur le cœur.
Il fallait que je rentre chez moi, au moins je ne risquerai pas de
faire de bourdes. Les flics sont là. Ils demandent à ma mère
qui pour le moment est seule à la maison ce qu’il s’est passé. Elle
n’en sait rien. Avant qu’ils aient pu me poser la même question, on
entend la clé tourner dans la serrure. Que ce soit Papa ou Sacha je ne
pourrais pas répondre la vérité. Je leur dis qu’on a déjà répondu à la
question et je retourne m’enfermer dans ma chambre. Sacha s’énerve vite
et voir la police chez lui n’arrange rien. Lorsque nous sommes de
nouveau en « famille » il entre dans ma chambre et me demande
de le suivre. Je ne veux pas. Ma mère ne fera rien. Il faut que papa
soit là. Jusqu’ici c’est grâce à lui que j’ai pu m’en sortir. Même s’il
semble penser que j’approuve les gestes et les mots de Sacha, il m’a
protégé du désastre. Le désastre est actuellement devant moi. C’est
Sacha l’œil en coin qui me regarde avec un sourire en enlevant son
T-shirt. Je veux que tout s’arrête, le temps pour le deuil de mon
frère, le temps pour que Papa rentre, le temps pour que cet homme que
je hais sorte de ma vie. Il est devant ma porte je ne peux donc pas
sortir. Je suis paralysée, je n’entends que le souffle de Sacha qui
s’amplifie. Je sens une main sur ma poitrine un dégoût monte dans ma
gorge. Aucuns de mes muscles ne bougent ou ne tressaillit. Mes
sensations m’échappent pour que finalement mon corps ne devienne qu’une
enveloppe sans âme. J’entends une porte claquer, des pas
lourds qui s’approchent. Je reviens dans mon corps. Je me remue pour me
réveiller. Je suis toujours dans ma chambre. Sacha est devant nu et
droit pourtant il semble arrêté dans l’élan. Je le pousse de toutes mes
forces et je sors précipitamment. Mon père est juste là. Il me voit et
me regarde avec dégoût. Je vois sa main se lever pour me frapper. Je
reste interdite et je ne me protège pas. Les coups pleuvent, je tombe,
il passe. Sacha rit. Dans des hurlements, il fait sortir son fils de la
chambre. Il ne le frappe pas, mais pour une fois Sacha a peur. Il est
envoyé dans sa chambre avec violence et l’interdiction de se
représenter devant son père jusqu’à nouvel ordre. Puis il me soulève
par le bras et me jette dans ma chambre en me criant de m’habiller pour
le repas. Fin (5/5) |
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La peste et le choléra 5/5 (le 09/03/2008 à 14h05)
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Suite et fin... C'est la partie la plus longue mais c'est la fin. Dites-moi si ça vous a plu. Un
autre repas en silence. À la fin je retourne dans ma chambre et même
s’il n’est que 20 h je place la petite table avec la cloche au cas où.
Une fois protégé je me mets à trembler de tous mes membres, je n’arrive
pas arrêter. Je n’ai jamais eu si peur, et je n’ai jamais été si
soulagée de voir mon père. Je me couche et j’attends le sommeil mais je
vois passer les minutes et lorsque j’arrive à somnoler un bruissement
ou une pensée me réveille. Je me lève plus fatiguée que le
soir, je suis engourdie à cause de la raclée d’hier. Je m’habille et
passe dans la cuisine pour avaler quelque chose avant de partir. Une
fois n’est pas coutume Jeff est en bas et m’attend. Contrairement à ce
que je pensais il me tend sa main en silence. Je la prends. Il ne parle
pas comme s’il m’attendait. Je n’ai jamais eu autant de bleus sur le
corps. La fatigue et le froid me prennent et j’ai un peu de mal à
marcher, je suis comme rouillée. Nous marchons tous les deux
vers le lycée. Sur le chemin je vois Laure. Elle me regarde puis tourne
la tête et avance rapidement. Elle fuit. Je n’ai pas la tête
aujourd’hui à m’occuper des états d’âme des victimes. Jeff l’appelle et
presse le pas. Il veut lui parler. Il m’explique que France ne l’a pas
vu depuis mardi et qu’elle s’inquiète. Nous la rattrapons. Dès que je
la vois, j’oublie mon corps rouillé. Je sais que j’ai la tête d’une
déterrée aujourd’hui mais à nous deux on fait un concours. Elle n’a pas
que des bleus, sa lèvre est fendue et son œil gauche est entièrement
rouge sang. Jeff lui demande ce qui s’est passé. Elle se détourne et
continue de marcher. D’une main je l’arrête et en silence j’ouvre mon
manteau, je soulève mon pull et je lui montre mes côtes. Le bleu s’est
agrandi par rapport à hier il commence en bas des côtes et remonte sous
mon soutien gorge. Jeff ne m’a jamais vu abîmée à ce point. Il me dit
que je devrais me défendre et que ce n’est pas normal. Mais je
l’ignore. Je suis suffisamment à fleur de peau aujourd’hui pas besoin
d’en rajouter. J’interroge Laure du regard, si je parle je hurlerais.
Elle m’explique rapidement que les filles ont remis la main sur elle et
qu’elles l’ont corrigée. Elle me précise qu’il ne faut rien faire et
qu’elle va s’en débrouiller. Je la laisse là où elle est et je m’avance
d’un pas décidé vers le lycée. Lorsque j’arrive tout le monde
se retourne sur moi. Jeff m’a dit que ce jour-là entre mes cernes et
mes bleus j’avais un teint jaunâtre et quand je suis arrivée on lisait
la colère et la révolte sur mon visage. Les filles sont devant le
lycée. Elles se taisent en me voyant. Elles ont dû deviné ce que
j’avais en tête. Cela fait cinq jours que je me retiens de ne pas
frapper tout le monde et tant que personne m’adresse la parole je m’en
sors mais le visage de Laure vaut tout les discours. J’attrape celle
qui est devant moi, je la cogne au visage, elle tombe. Les suivantes
essaient de fuir, mais je les attrape par les bras, l’une tombe, je
tords le bras de l’autre. La quatrième est immobile, jette celle que je
tiens sur elle. Je suis loin d’être défoulée en faisant tomber ces
quatre pouffes. Jeff me dit d’arrêter et de rentrer. Je le pousse avec
violence. Je voudrais me venger et ça tombe sur elles tant pis. Je
ressemble à mon père, je suis comme ivre et je les attrape au fur et
mesure et je frappe au hasard avec mes pieds, mes mains. Il me semble
que rien ne pourrait m’arrêter. Je frappe, je vois même du sang. J’ai
l’impression que c’est celui de mon frère, ou de Sacha je ne sais pas
lequel me réjouit le plus. Dans mon délire, j’entends les sirènes de
police. C’est comme si on été dimanche mais que je suis à la place de
mon père et de Sacha. De lourds bras m’attrapent, je hurle comme une
furie. Trop de chose me rappelle hier soir et je ne veux pas que ça
recommence. La peur rentre dans mon ventre mais au lieu de la laisser
faire je lutte contre elle. Quelques minutes plus tard je me
calme un peu et je regarde autour de moi. Je suis menottée au milieu du
trottoir. Devant moi il y a Jeff qui me regarde l’air désolé, de chaque
côté un flic qui me tient de peur que je recommence. Je sais que
derrière moi il y a le camion qui me conduira au poste. Je me laisse
entraîner. On m’assoie en silence dans le camion et on m’emmène. Une
fois chez les flics ils m’interrogent et me demande mon identité.
Lorsqu’ils font le lien entre moi et la mort de Nico ils me disent
qu’ils voudraient aussi m’interroger sur ça. Le déroulement de
l’interrogatoire se passe rapidement pour ce qui est de mon incartade.
Si les filles portent plainte on aura des dommages et intérêts à verser
comme c’est la première fois que je suis interpellée il n’y aura pas
grand chose de plus. L’un des deux flics, le plus jeune, me demande des
détails sur ce qui c’est passé avant que Nico tombe. – ... Ou plutôt je voudrais connaître le sujet de la dispute entre toi et ton frère ? Mon cœur se soulève de dégoût lorsqu’il appelle Sacha mon frère.
– C’est pas mon frère, je réponds. Je ne sais pas en quoi ça vous
intéresse puisque je ne m’en souviens plus et qu’on ne s’entend pas. – Tu t’en veux de la mort de ton petit frère ? – Non j’ai rien à voir dedans.
– Pourtant ton père nous a dit que c’est suite à la dispute entre toi
et Sacha que ton petit frère est tombé. C’est confirmé par Sacha. Les
voisins ont entendu des cris mais ils ne se sont inquiétés outre mesure
puisqu’il paraît que c’est régulier. Je vois le visage de
Sacha s’approcher de moi, j’entends son souffle, comme hier. Je ne peux
pas dire la vérité sinon je ne serais plus protégée. Si je dis ce qui
c’est vraiment passé mon père partira je ne sais où et ma mère ne me
protègera jamais. En plus c’est normal qu’ils se posent des questions
les flics. Ils n’ont jamais pu me parler seuls à seuls et j’ai des
bleus plein le visage. Je les regarde tous les deux devant moi. Le
vieux ne parle plus. Le jeune est ému, je n’arrive pas à comprendre
pourquoi toute cette histoire est sordide. Mon esprit travaillait sans
moi j’ai répondu doucement : – Ce n’est pas une dispute
entre Sacha et moi qui a déclanché la chute de Nico. Je ne me dispute
plus avec Sacha depuis longtemps ça ne sert plus à rien. Dimanche Nico
et moi étions dans notre chambre à travailler quand mon téléphone a
sonné. Je ne sais pas pourquoi ça a énervé Sacha. Il devait avoir la
gueule de bois et il venait de se faire engueuler par son père. Quoi
qu’il en soit il est arrivé dans notre chambre en trombe en nous
demandant de faire moins de bruit. Nico a répondu mécaniquement qu’il
n’y avait pas de bruit dans notre chambre. Il faut savoir que depuis
quelque temps Sacha a pris l’habitude de nous donner des corrections
quand les réponses à ses questions ne lui plaisent pas. Il a donc donné
une baffe à Nico pour son insolence. J’ai essayé de m’interposé pour
qu’il s’arrête mais il m’a repoussé contre mon lit. Ça m’a sonné et je
ne pouvais plus bouger puis il a continué a frappé Nico. Je ne me
souviens plus de grand chose après. Nico avait l’habitude de reculer
quand il se faisait frapper, il a donc dû se retrouver sur le balcon.
Quand j’ai repris conscience mon père renvoyait Sacha dans sa chambre
et m’allongé sur le lit pour attendre ma mère. Lorsque j’ai
arrêté de parler j’avais les larmes yeux. Je me rendais compte qu’avec
cette version je ne pouvais pas venger Nico et je me protégeais mais
c’était pour moi la solution la plus facile. – Tu te rends compte que tu accuses Sacha d’homicide involontaire. – Qu’est-ce qu’il risque ? S’ils prennent cette question pour de l’inquiétude tant mieux. – Ça dépend du juge, mais vu les circonstances il y a de grandes chances pour qu’il fasse un peu de prison.
Je me tais. Rien ne pourra plus me toucher après tout ça. Ils
convoquent mes parents et Sacha pour confirmer ma version. Sacha
soutient la version précédente mais mon père précise qu’il était dans
la cuisine donc il savait pas mais que c’est plausible puisqu’il savait
que Sacha nous battait. Ma mère n’était pas là à ce moment donc ne
donne pas d’avis. Elle confirme cependant que Sacha nous battait.
Quelques heures plus tard, nous sortons du commissariat. Sacha est en
garde-à-vue pour coups et blessures et homicide involontaire. Mon père
marche devant. J’ai le cœur serré de le voir en liberté alors qu’il
devrait être à la place de Sacha. Je sais que je vais me prendre une
raclée pour ce que j’ai fait, pour m’être fait arrêtée et pour avoir
corrigé les petites pouffes de tout à l’heure. Tout cela me semble
venir d’autre part, elles ne font plus partie de mon monde. Je sais que
je vais rompre avec Jeff parce que je n’aurai pas le courage de lui
expliquer et qu’il ne pourra pas comprendre. Je sais que je vais être
seule à la maison et que la surveillance de mon père n’en sera que plus
étroite. Je sais que je partirai le jour de mes dix-huit ans sans
remords pour cette famille. Je sais que je les reverrai plus. Ma mère
me prend par les épaules. C’est un geste d’affection dont je n’ai pas
l’habitude. Elle me dit doucement : – Ne me laisse pas. Je ne réponds rien. Elle continue : – C’est gentil d’avoir protégé ton père. Je ris en la regardant. Elle est plus naïve que je ne pensais.
– Je n’ai jamais voulu protéger mon père. Il le fait très bien tout
seul. Ma démarche est purement égoïste. J’ai eu le choix entre les
coups et le viol. Des deux, je sais déjà celui qui me détruira. Ça n’a
pas été facile c’est comme choisir entre la peste et le choléra. |
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